Poésie sous plastique


Les Choses











Nous n'entendrons plus que leur hautain silence
Les choses
Sous leur emprise
Nous ne respirerons qu'à pas comptés
Couchés sur nos dos
Sous leur stature placide
Enveloppés bien serrés
Dans la texture bigarrée de nos contradictions
Leur pouvoir en dira pourtant long
Sur le soin obséquieux qu'on leur accorda
Qui nous immobilisa là, justement
Sous elles
Bien sûr certains chercheront à partir
Empêtrés dans leurs accoutrements
Ils souhaiteront revenir à la raison de nos pères
Car nous comprendrons peu
Écrasés mais encore un peu dignes
Presque transparents sous l'importun fourbis
Nous nous excuserons d'être encore vivants
Et offrirons nos passés et nos restes à leur souveraine inappétence
Il est trop tard
Certains diront, il est trop tard
Nous leur mettrons dans la bouche
Les gages de notre espoir borné
Un à un
Les propylènes qui nous endorment
Notre soudaine aliénation n'éveillera aucun soupir
Il est trop tard
Mais nous l'ignorerons avec  candeur
L'inertie pesant seule maintenant sur l'éphémère
Épaissis le cours du temps, l'espace
Nous resterons accroupis sous leur injonction
Contrefaits et surpris par cet interminable présent
Finis nos allers fiers
Finis nos buts et nos actes incessants
Plus l'heure pour nos chevaux sensibles
Rien que la poussière qu'ils laissent en nous quittant
Plus même l'air
Les choses obtuses nous étreignent et nous tendent
Leur empire est luisant
Nous nous sourirons






Les Choses


Juillet 2010