Poésie sous plastique


Projet d'avenir






Et leurs enfants feront inlassablement tourner leurs spinners
Soudain devenus vitaux
Humidifiant leurs gosiers secs de quelques sucres bleus
Dans un vacarme religieux
Ils laisseront couler le temps
A travers la résistance molle des écrans
Attendant, attendant
Epuisant le mystère jusqu'à lui donner une fonction
Leur à-peu-près aura un nom codifié par les sciences
Ils guetteront avec passion l'évènement
Ils positiveront ardemment
Pressés de mettre en valeur ajoutée leurs nouveaux acquis
Dans les domaines autrefois si délicats
Des rencontres amoureuses
Ils géreront, en maîtres
Ils auront enfin appris à parler
De  tout
D'eux, d'eux, d'eux
Ce sera devenu pareil
Leur parole aura perdu ses accrocs, ses crocs
Mêlée à celle de leur voisin
Ils aimeront tant leur voisin
Qui dans sa compassion presque infinie
Le leur rendra plutôt bien
Ils seront très pareils
Et très ignorants
Dans la douceur de leur standardisation 
Digestible jusque dans les viscères
Ils sauront comment
Parler
Et manger
Et chier
Soutenus dans leur effort par la recherche
Ils auront maîtrisé leur indéfini
Dans une gestion presque parfaite
De leur être
Interchangeable
Et un peu flou au-dedans
Sauf la mort peut-être
Ils auront effacé son léger souffle
Sous les déclinaisons chromatiques
De leurs peaux tatouées
L'immortalité des choix
Surtout leur  infaillibilité
Leurs mots un à un mourreront
Ils ne le sauront pas
Balbutiant d'autres mots toujours plus nouveaux
Qui vivront l'instant
Il n'y aura plus que des instants
Sans plus l'infini des grands doutes
Ils auront abandonné
L'idée du claudiquant et de sa force
Ils marcheront mieux
Faisant au même rythme 
Le tour du globe
Sans retour possible
Ce qui changera tout 





Août 2017

A voté 6 mai 2017










L'impasse
Tout autour
La sensation d'être assise quand je marche
Parmi les volutes sonores du populo
Et enfermée dans un silence d'outre-tombe
J'ai enterré quelque chose
Peut-être était-ce encore vivant
Quelque chose d'une idée
D'un travail
Quelque chose d'une vision assez calme, au fond
Assez
Repartie à la vie avec quelques lombaires en moins
Celles qui serviront à encaisser
Les dérèglements
Les dérégulations
Les désordres et les démissions
Les désespoirs chroniques
La malignité du mal
La liberté absolue des forts
Au détour d'une rue
Quelqu'un m'appelle
Une petite fille qui crie mon nom
Et je pleure
Pour elle
Avec elle qui ne sait pas qu'elle pleure
Qui plongera dans la brillance des écrans, plus tard
Pour ne pas devoir y penser
La file d'attente n'a jamais été aussi longue à la Foirefouille
Chacun venant chercher un petit morceau des débris de l'empire
Pour décorer son chez soi
Où seule, dans un brouhaha auquel nous nous sommes habitués
Seule au centre des mirages
Trône la vertu intouchable du déni



Élections dans les Îles


A voté

Les Choses











Nous n'entendrons plus que leur hautain silence
Les choses
Sous leur emprise
Nous ne respirerons qu'à pas comptés
Couchés sur nos dos
Sous leur stature placide
Enveloppés bien serrés
Dans la texture bigarrée de nos contradictions
Leur pouvoir en dira pourtant long
Sur le soin obséquieux qu'on leur accorda
Qui nous immobilisa là, justement
Sous elles
Bien sûr certains chercheront à partir
Empêtrés dans leurs accoutrements
Ils souhaiteront revenir à la raison de nos pères
Car nous comprendrons peu
Écrasés mais encore un peu dignes
Presque transparents sous l'importun fourbis
Nous nous excuserons d'être encore vivants
Et offrirons nos passés et nos restes à leur souveraine inappétence
Il est trop tard
Certains diront, il est trop tard
Nous leur mettrons dans la bouche
Les gages de notre espoir borné
Un à un
Les propylènes qui nous endorment
Notre soudaine aliénation n'éveillera aucun soupir
Il est trop tard
Mais nous l'ignorerons avec  candeur
L'inertie pesant seule maintenant sur l'éphémère
Épaissis le cours du temps, l'espace
Nous resterons accroupis sous leur injonction
Contrefaits et surpris par cet interminable présent
Finis nos allers fiers
Finis nos buts et nos actes incessants
Plus l'heure pour nos chevaux sensibles
Rien que la poussière qu'ils laissent en nous quittant
Plus même l'air
Les choses obtuses nous étreignent et nous tendent
Leur empire est luisant
Nous nous sourirons






Les Choses


Juillet 2010












 




Le Requiem des Gueux










Tu ne pouvais pas savoir, avant
Avant, quand le temps était encore possible
Les voies ouvertes malgré quelques secousses et les rêves
Tu ne savais pas et c'était important
Que ta route serait longue et nue
Et ta voix de moins en moins audible
Tu ne savais pas comme il faudrait se battre
Croire qu'être soi suffit et s'accoupler au flux
Tu n'entendais pas et c'est normal
Peu te parlaient de ta vie
Chaque pas est devenu plus lourd
Et chaque inhalation
Plus cinglante aux poumons
De tant d'appels écrasés sous les heures
Tu ne savais pas que ta solitude était ton seul bien
Qu'elle te serrerait la main dans ta mort
Que personne ne te saurait, ne te penserait, ne te chercherait
Personne
Tu ne savais pas que tu serais un  rien
Et que les seuls signes de ton passage
Parmi le brouhaha des vivants
Seraient, laissés au vent, pendant des semaines
Les amnésies d'une vie sans nom





 Le requiem des Gueux










Décembre 2016







Effondrement














Où mettre le bout des doigts, durci par les touches
Qui envoient les pétitions dans les sphères
 Se presse dans les conduits auditifs pour se taire
Que faire ?
De cette sorte de légère nausée quotidienne
Poussant derrière sans trop se dire
Commun accord du et puis encore
Encore
S'accrocher aux idées, aux volontés des choix
Pour se sentir au grès des chutes
Étiré, tiraillé, pas chez soi
Pas chez soi
Au monde
Pas chez soi
Fermer les paupières aux vents mauvais
Aux humanités bilieuses, aux sacrilèges ?
Le ventre serré par tant d'inconséquences
Trahison excitée de la simple raison
Se sentir étranger dans sa propre demeure, attendant l'heure
Comme celle d'une sorte de soulagement des fatras
Prédire l'avenir et oublier ?
Être si sûr, si sûr
Que la violence des masses finira par sombrer
Étouffée sous les eaux perdues par sa matrice
Suivant la pente des mondes enfouis
Qui toujours ont cru qu'ils seraient éternels
Puis ont baissé la nuque sous le choc de leurs méfaits
Mais en grand, cette fois
En grand 




Effondrement




Décembre 2016
Hommage au grand Jared Diamond




Voici l'homme !












Dis-moi qui je suis
Retrouve quelque part les édifices en friche
Gratte un peu les peaux des cerveaux qui desquament
Imbue, nimbée
Bonne à mes heures
Attentive aux spasmes mirobolants 
Les leçons jamais sues de l'histoire
Dis-moi, j'écoute notre commune inhumanité
Notre blessure fidèle
L'inconnu qui nous lie au si flou de l'anthropique en nous
Que nous sommes voués à contourner
Dehors dedans de la médiocre rétribution
Des heures entières passées à nous chercher
Dis-moi, je me perds
Creuse derrière les aboiements
Les gouffres bouillonnants de la stupidité
La complaisance à soi de la foule me tue
J'erre, j'erre, à la fois sa sœur et son ennemie jurée
Mes proches me brûlent et l'excitation de leurs vacances
Dis-moi ce qu'il en est
Des petites joies du servile en nous
Qui rampe
Impotent au désir, météorisé par sa propre facilité
Quand du seul effort d'être peut germer l'impensé
La trace que cette espèce croit devoir laisser
Traverse le temps et pointe
Un horizon commun, est-ce trop nous demander ?






Nomination de Steve Bannon




Novembre 2016








La guerre moins quelques jours






 
Nous aurons passé
De cultes criblés par la terreur de nous-mêmes en quêtes bavardes d'immortalité
La pleine existence de notre espèce
À nous dévorer sans savoir : pas un seul savoir sur nos tueries
Pas la moindre connaissance de notre besoin d'effondrement
L'ennemi flotte en nous, la méduse
Immortel et toujours nouveau
Frais à la lèvre comme le goût du sang
Notre besoin essoufflé de pouvoir
Et de la douce copulation qu'entraîne son exercice
Dessus, dessous
Notre paresse fébrile aussi
Son urgence à l'excitation
Nous n'avons, des bords d'une civilisation à l'autre
Rien connu de notre nature
De la force grinçante de la mort en nous
Les identités hurlées vers le vide du ciel
Séparées par les palissades de l'aveuglement aux autres possibles
Vont enfin nous rassembler
Dans le bouquet ultime, radieux de notre absence








Octobre 2016










Privatisons la Lune !







L'air s'est raréfié
Souillée par l'haleine de l'impensable, l' eau croupit
Et tout à coup, c'est fait, la Lune disparaît
La connaître en a arraché la peur et la magie
Suivant l'ordre écrasant de nos appétits
Doit maintenant dégorger sous la trivialité
Le ventre nu de ses matières
Nous sommes restés assis au soir
!
Songeurs, songeurs
Sous ses reflets bleutés
Patiente et calme dans sa part d'infini
Nous pensions qu'elle accompagnerait encore nos humeurs et nos cycles
Les poussées de nos herbes vers sa lueur mutique
Nous pensions qu'elle présiderait à nos marées
Ritualiserait encore nos destins chaotiques
Indifférente. Indifférente
Nous n'avons pas senti l'onde ténue de son ressac
Le choc infime de ce qui basculait
Trop tard, pour toujours jetés hors du sacré
Nous allons la posséder puis nous dissoudre
Techniciens exsangues, aspirés par l'insignifiance de nos fictions
Vidés de l'éternité en nous-mêmes

Privatisons la Lune !







De l'air !



















Comme ce monde me serre, étriqué
Étriqué, grouillant dans chacun de ses millimètres
Je veux aspirer
Fendu sur toutes ses largesses
Saturé par la bouffissure de sa propre présence
Je veux bouger
Je veux me taire
Aller chercher sans fin les méduses de mon ignorance
Et les battre
Tendre mes confusions y dessiner des fresques
Dire, allez !
Allez !
Ouvrons-mes yeux
Et ne les brûlons pas aux écrans de mes carcinomes
Parlons !
Ne prophétisons-pas !
On respire peu
On respire mal
Marchons sans perdre de vue l'inouï, le laisser m'apprendre
Transformons la mangeaille en saveur
Le sable en appel
Comment courir ?
Les poignets coincés dans l'étau des trahisons
La moelle épinière engloutie sous des magmas d'insuffisance
On ne sait plus respirer que par les poumons
Souffle-moi dans l’hypophyse
J'ai soif
 Souffle-nous des airs au plus vulnérable de nos mémoires
Là où se posait le moment, ou pas
Là où il pouvait encore rencontrer l'inutile
J'ai soif
Le temps est lourd, j'écoute
Et comme vibre l'ennui !






Août 2016





De l'air !









Kufr












Qu'ont-ils vu lorsqu'ils ont croisé ses yeux ?
Qu'a-t-il été perdu sur la route qui les menaient ici 
Face à des gorges où ils ont enfoncé leur salut ?
Où avaient-ils abandonné l'humain
L'humain des peurs et des misères
L'humain des enfances et des courses aux vents chauds
Qu'avaient-ils exécuté en eux de la simple nécessité d'être
Et de la commune histoire de l'errance
Ils ont parlé
Qu'ont-ils vu ?
L'humain n'a pas appelé à l'aide
L'humain n'a pas rougi, n'a pas pleuré de honte
Ils ont vu les pupilles de leur doyen, de son fils
De tous ceux un jour sur leur chemin
Et des carotides ont jailli le rouge pâle d'un parchemin sans signe
Se sont-ils vus dans ses yeux ?







Juillet 2016



Kurf















Une cerise sur le cheese cake










Qui pourrait songer à retenir la langue ?
La regarder suffisamment profondément dans les yeux pour la troubler
Lui donner le bon fil à retordre afin qu'elle se survive
Et que ceux qu'elle abreuve sans compter soient bien conduits
Bien clairvoyants
On entend le glissement, une avalanche lente
Parsemés du bout des lèvres
Comme des signes d'appartenance au grand mouvement global
L'améritude qui rampe et contamine avec discrétion
Tous les champs des métaphores 
Qu'on pensait, il y a quelques jours, bien fertiles
La profusion des images possibles qui semblaient définitivement colorées
Sabotés par la traîtrise baveuse des mimétismes
Le sacrifice s'opère sans témoin
Même ceux qui ont les oreilles qui grincent
Ne peuvent que baisser les têtes et pleurer
Pleurer face à tant d'insignifiance
Pleurer sur l'infidélité à ma langue
Pleurer longtemps et chaque jour
Pris dans l'étranglement de l'abandon
Une vénalité un peu rudimentaire
Éprise des clichés venus d'Outre-Atlantique
Maniés avec l’insouciance d'enfants
Aveugles aux rayures et aux étoiles
Présents dans chacun des idiomes de l'empire
Qui marquent seulement notre immense lassitude
Notre terrible indigence
Notre lâcheté aussi








Juillet 2016




Une cerise sur le cheese cake










L'Homme de peu






Il passe la paume de sa main sur son front
La maison est silencieuse
Et silencieuse l'herbe qu'il devra tondre
Demain
Il a depuis toujours marché, compté, plié les jours de labeur
Les uns sur les autres
Seul
Accompagné de ses enfants
Mais il sent autour d'eux tous les secousses
De  mouvements qu'il ne comprend plus
Pas comme avant
Pas comme avant 
Les buts de sa vie bien présents 
Pas les moyens
Les yeux ouverts, il regarde la fin de l'avenir
Et ça fait un bruit de gravier sous ses dents
Sans savoir
Ni pourquoi
Ni comment
Autour de lui ça glisse
Et les heures sont indécises
Parce qu'il ne comprend plus
De quoi demain peut être fait
Il sent
Pour lui
Le monde où il s’essouffle
N'a plus le temps







49.3  Mai 2016




Nécronymes






La débandade
La débandade n'épargne rien
Les bruits de l'excitation qui l'accompagne
Ferment nos tympans à l'oxygène
Parler n'a plus rien à faire entendre
Alors les mots hibernent
Attendant les prothèses du langage global
Stabilisé aux émotions
Bien expurgé à l'encryptage
Les mots hésitent et puis nous abandonnent
Incertains d'avoir encore quelque place dans la rumeur
Leur dos écorché aux acronymes
Qui satisfont nos paresses et trahissent le manque de substance de nos amours
Plus rien à dire
Que de hoquets sous quelques lignes
Nous avançons vers la fin des langues
Et sans elles nous périrons
Aveugles et muets
La vacuité insensée
La culture de l'extinction
La pensée de masse asséchée
Le ventre ouvert plein d'ennui
La larme coulant sans qu'on l'entende
Le long d'un vide sidéral   



 


 















Nécronymes
 
 








Mai 2016