Poésie sous plastique


Voici l'homme !












Dis-moi qui je suis
Retrouve quelque part les édifices en friche
Gratte un peu les peaux des cerveaux qui desquament
Imbue, nimbée
Bonne à mes heures
Attentive aux spasmes mirobolants 
Les leçons jamais sues de l'histoire
Dis-moi, j'écoute notre commune inhumanité
Notre blessure fidèle
L'inconnu qui nous lie au si flou de l'entropique en nous
Que nous sommes voués à contourner
Dehors dedans de la médiocre rétribution
Des heures entières passées à nous chercher
Dis-moi, je me perds
Creuse derrière les aboiements
Les gouffres bouillonnants de la stupidité
La complaisance à soi de la foule me tue
J'erre, j'erre, à la fois sa sœur et son ennemie jurée
Mes proches me brûlent et l'excitation de leur vacance
Dis-moi ce qu'il en est
Des petites joies du servile en nous
Qui rampe
Impotent au désir, météorisé par sa propre facilité
Quand du seul effort d'être peut germer l'impensé
La trace que cette espèce croit devoir laisser
Traverse le temps et pointe
Un horizon commun, est-ce trop nous demander ?






Nomination de Steve Bannon




Novembre 2016








La guerre moins quelques jours





 
Nous aurons passé,
De cultes criblés par la terreur de nous-mêmes
En quêtes bavardes d'immortalité
La pleine existence de notre espèce
À nous dévorer sans savoir : pas un seul savoir sur nos tueries
Pas la moindre connaissance de notre besoin d'effondrement
L'ennemi flotte en nous, la méduse
Immortel et toujours nouveau
Frais à la lèvre comme le goût du sang
Notre besoin essoufflé de pouvoir
Et de la douce copulation qu'entraîne son exercice
Dessus, dessous
Notre paresse fébrile aussi
Son urgence à l'excitation
Nous n'avons, des bords d'une civilisation à l'autre
Rien connu de notre nature
De la force grinçante de la mort en nous
Les identités hurlées vers le vide du ciel
Séparées par les palissades de l'aveuglement aux autres possibles
Vont enfin nous rassembler
Dans le bouquet ultime, radieux de notre absence



La guerre moins quelques jours



Octobre 2016










Privatisons la Lune !







L'air s'est raréfié
Souillée par l'haleine de l'impensable, l' eau croupit
Et tout à coup, c'est fait, la Lune disparaît
La connaître en a arraché la peur et la magie
Suivant l'ordre écrasant de nos appétits
Doit maintenant dégorger
Sous la trivialité
Le ventre nu de ses matières
Nous sommes restés assis au soir
Songeurs, songeurs
Sous ses reflets bleutés
Patiente et calme dans sa part d'infini
Nous pensions qu'elle accompagnerait encore nos humeurs et nos cycles
Les poussées de nos herbes vers sa lueur mutique
Nous pensions qu'elle présiderait à nos marées
Ritualiserait encore nos destins chaotiques
Indifférente. Indifférente
Nous n'avons pas senti l'onde ténue de son ressac
Le choc infime de ce qui basculait
Trop tard, pour toujours jetés hors du sacré
Nous allons la posséder puis nous dissoudre
Techniciens exsangues, aspirés par l'insignifiance de nos fictions
Vidés de l'éternité en nous-mêmes

Privatisons la Lune !







De l'air !



















Comme ce monde serre, étriqué
Pressé d'en finir, grouillant dans chacun de ses millimètres
Fendu sur toutes ses largesses
Saturé par la bouffissure de sa propre présence
Je veux bouger
Je veux me taire
Aller chercher sans fin les méduses de mon ignorance
Et les battre
Tendre mes confusions,  y dessiner des fresques
Dire, allez !
Allez !
Ouvrons-mes yeux
Et ne les brûlons pas aux écrans de mes carcinomes
Parlons !
Ne prophétisons-pas !
On respire peu
On respire mal
Marchons sans perdre de vue l'inouï, le laisser m'apprendre
Transformons la mangeaille en saveur
Le sable en appel
Comment courir ?
Les poignets coincés dans l'étau des trahisons
La moelle épinière engloutie sous des magmas d'insuffisance
On ne sait plus respirer que par les poumons
Souffle-moi dans l’hypophyse
J'ai soif
 Souffle-nous des airs au plus vulnérable de nos mémoires
Là où se posait le moment, ou pas
Là où il pouvait encore rencontrer l'inutile
J'ai soif
Le temps est lourd, j'écoute
Et comme vibre l'ennui !






Août 2016





De l'air !









Kufr












Qu'ont-ils vu lorsqu'ils ont croisé ses yeux ?
Qu'a-t-il été perdu sur la route qui les menaient ici 
Face à des gorges où ils ont enfoncé leur salut ?
Où avaient-ils abandonné l'humain
L'humain des peurs et des misères
L'humain des enfances et des courses aux vents chauds
Qu'avaient-ils exécuté en eux de la simple nécessité d'être
Et de la commune histoire de l'errance
Ils ont parlé
Qu'ont-ils vu ?
L'humain n'a pas appelé à l'aide
L'humain n'a pas rougi, n'a pas pleuré de honte
Ils ont vu les pupilles de leur doyen, de son fils
De tous ceux un jour sur leur chemin
Et des carotides ont jailli le rouge pâle d'un parchemin sans signe
Se sont-ils vus dans ses yeux ?







Juillet 2016



Kurf















Une cerise sur le cheese cake










Qui pourrait songer à retenir la langue ?
La regarder suffisamment profondément dans les yeux pour la troubler
Lui donner le bon fil à retordre afin qu'elle se survive
Et que ceux qu'elle abreuve sans compter soient bien conduits
Bien clairvoyants
On entend le glissement, une avalanche lente
Parsemés du bout des lèvres
Comme des signes d'appartenance au grand mouvement global
L'améritude qui rampe et contamine avec discrétion
Tous les champs des métaphores 
Qu'on pensait, il y a quelques jours, bien fertiles
La profusion des images possibles qui semblaient définitivement colorées
Sabotés par la traîtrise baveuse des mimétismes
Le sacrifice s'opère sans témoin
Même ceux qui ont les oreilles qui grincent
Ne peuvent que baisser les têtes et pleurer
Pleurer face à tant d'insignifiance
Pleurer sur l'infidélité
Pleurer longtemps et chaque jour
Pris dans l'étranglement de l'abandon
Une vénalité un peu rudimentaire
Éprise des clichés venus d'Outre-Atlantique
Maniés avec l’insouciance d'enfants
Aveugles aux rayures et aux étoiles
Présents dans chacun des idiomes de l'empire
Qui marquent seulement notre immense lassitude
Notre terrible indigence
Notre lâcheté aussi








Juillet 2016




Une cerise sur le cheese cake










L'Homme de peu






Il passe la paume de sa main sur son front
La maison est silencieuse
Et silencieuse l'herbe qu'il devra tondre
Demain
Il a depuis toujours marché, compté, plié les jours de labeur
Les uns sur les autres
Seul
Accompagné de ses enfants
Mais il sent autour d'eux tous les secousses
De  mouvements qu'il ne comprend plus
Pas comme avant
Pas comme avant 
Les buts de sa vie bien présents 
Pas les moyens
Les yeux ouverts, il regarde la fin de l'avenir
Et ça fait un bruit de gravier sous ses dents
Sans savoir
Ni pourquoi
Ni comment
Autour de lui ça glisse
Et les heures sont indécises
Parce qu'il ne comprend plus
De quoi demain peut être fait
Il sent
Pour lui
Le monde où il s’essouffle
N'a plus le temps







49.3  Mai 2016




Nécronymes






La débandade
La débandade n'épargne rien
Les bruits de l'excitation qui l'accompagne
Ferment nos tympans à l'oxygène
Parler n'a plus rien à faire entendre
Alors les mots hibernent
Attendant les prothèses du langage global
Stabilisé aux émotions
Bien expurgé à l'encryptage
Les mots hésitent et puis nous abandonnent
Incertains d'avoir encore quelque place dans la rumeur
Leur dos écorché aux acronymes
Qui satisfont nos paresses et trahissent le manque de substance de nos amours
Plus rien à dire
Que de hoquets sous quelques lignes
Nous avançons vers la fin des langues
Et sans elles nous périrons
Aveugles et muets
La vacuité insensée
La culture de l'extinction
La pensée de masse asséchée
Le ventre ouvert plein d'ennui
La larme coulant sans qu'on l'entende
Le long d'un vide sidéral   



 


 















Nécronymes
 
 








Mai 2016












La planète Bill Gates





Présent
Omniprésent
Actif jour et nuit
Au bien du monde
Dont tu dessines les contours
Envisages les futurs
Que tu achètes 
Sourire amène de la bienfaisance
Posé derrière l'écran d'un smartphone fabriqué en Chine
Sur les épaules d'un Africain qui ignore tout de Davos
Générosité sans borne
De la possession
Sans élection
Qui t'a désigné pour nous sauver
Toi qui représentes l'humanité entière
Ton pouvoir s'ils le connaissaient ferait vomir les plus affamés
Que tu tiens en ta poigne bienveillante
Et globale de dieu des monopoles 
Tu choisis tes alliances, sous le sourire jaune des négociateurs
Elles exhalent le sulfure d'hydrogène
Tu mènes à la mort les tentatives
Les vouloirs épuisés des petits peuples
En achetant leurs savoirs à coup de voitures en or
Homme du mensonge érigé en bien politique
Praticien des pots de vin saturés de pesticides
En secret
Ta mégalomanie caritative nous fait la peau

 



La planète Bill Gates



Mars 2016






Le grand silence














On aura tenté de croire en des réincarnations
Des jardins bien tenus aux parfums de rose
Flottant à la surface de l'éternel, oui
On avait du goût pour l'Eternité
On aura créé des plages anallergiques
On se sera consternés sur nos guerres
Nos obscurantismes constamment réchauffés
Nos décadences
Toujours scandées par les mêmes démons
On aura cherché la perfection holographique
 La perfection transgénique aussi
L'évacuation du passif
Par une activité sans borne
Porteuse d'une croissance millimétrique pour ceux qui savent
Et l'idée que tout est devant 
On aura cru qu'on pouvait méditer
Mais au fond, dans l'infini ciel des mondes
Les temps étaient comptés
Quoi qu'on en fasse 
Dans ces bruits sans fin de l'excitation
S'accomplissait le voeu final
Le voeu de commencements intergalactiques
Des vides sidéraux peuplés d'un ça sombre
Et malgré notre zèle à survivre aux chaos
Malgré notre nostalgie de l'ordre
Le grand chambardement de l'univers
Ferme la bouche au cri global 
Lui tient bien haut le dérisoire
Nous disparaîtrons, même sans nous
Sans nos fois vaines et nos terreurs d'enfants
Les espaces-temps nous engouffreront dans l'oubli 
Dans les silences infinis du cosmos
S'imposera la règle fondamentale
Qu'il n'y a aucun invariant
Mais que nous ne serons plus là pour le savoir





Le grand silence






Mars 2016







Petit bonhomme








Plus de place au monde
Plus d'aide
Ni de perspective face au chaos sucré
Plus de place au monde
Tout du petit homme y craque en scintillant
Aveuglé par les horizons fumants
Les raisons  tronquées 
Les causes prédatrices
Pas de pause dans la débâcle
Sous l'intensité si séduisante
Les écarts d'une barbarie diabétique
Puis une chute au bruit d'os
Pas de place sous la férocité des dieux muets
Pas de place pour la langue
Étouffée sous les vagues acides de l'apocalypse libérale
Pas de place dans le mythe de l'algorithme sauveur d'âmes
Pas de place pour le petit bonhomme un peu triste
Tenu au bonheur, il se broie lui-même au chaud sous son smartphone
Anesthésié à vie par une vie sous anesthésie
Une vie plate et sèche comme un dépôt de bilan
Et la file d'attente des véhicules à l'abattoir de Mac Donald
Eh, le monde, sauve-toi !
Pas de monde sans l'homme qui le crée en songe
Pas d'homme sans l'homme
Partout la plus féroce compétition sans but
Sous  le yoga analgésique, la banalité du vide
L'excitation du massacre
L'attente, comme l'attente
Que ce miracle de notre présence à l'univers
Nous devions, pour finir
Le payer de nos présences mêmes
N'importe quand

















2016