Poésie sous plastique


Un pour sang





Ils survivront
Éternels, transfusés aux oligo-éléments
De tout possesseurs
Clonés, pontés de fibres
Irrévocables 
Transhumains debout sur les ruines fumantes du monde
Autour d'eux ne seront plus visibles que des images
Dernières traces en trois dimensions de ce qui un jour fût
Des bâtisses gigantesques croulant sous la vanité du luxe et purifiées d'un air constamment renouvelé
Quand ailleurs des nuages de toxiques cacheront les étoiles et leurs mystères
 

Vainqueurs d'un combat sans victoire
Trônant sur la pensée tabou de l'anéantissement

 Au fond de leurs estomacs aménagés, des substituts d'agrumes
Quand ailleurs la terre sera exsangue, stérile pour des milliers d'années

Il ne leur restera plus pour combler le besoin de jouissance
Que la possibilité de se massacrer
Mais les mercenaires auront disparu et leurs femmes
 

Survivant dans un ennui sans fin possible
Survivant sur des cendres et sur un lit d'absences
Ils n'auront que leur miroir à qui parler
Et il aura oublié leur langue
Ils tourneront pour les siècles des siècles
Autour du centre de leur existence
Réduite à un point
Sans plus d'écho de ce qui prit des milliards d'années à s'exposer
 

Mais là, au fond, dans le silence abrupte des abysses
Après avoir pansé les millions de plaies
Se reformera l'amibe, légère, innocente
Et avec elle l'idée qu'on recommencera
Sans ce qui n'est maintenant qu'un fossile
Une espèce comme toutes celles qui ont disparu
Sédiment d'une histoire oubliée
Gisant sous la quiétude presque absolue de l'infini


Un pour Sang


Janvier 2015